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Histoire de bijoux
Femme géorgienne portant des boucles d'oreilles et un pendentif en émail cloisonné aux couleurs vives

Savoir-faire

Le fil, la poudre et le feu : entretien avec une émailleuse de Tbilissi

Savoir-faire

Le minankari est le nom géorgien de l'émail cloisonné. Une émailleuse de Tbilissi décrit le geste — cloisons de fil, poudre de verre, cuissons successives — et remet d'aplomb ce que l'on raconte du triptyque de Khakhuli, de l'or de Vani et du renouveau contemporain.

Cet entretien est une construction éditoriale : l'experte qui s'y exprime est un personnage composite, non une personne réelle. Les faits, dates et objets cités sont en revanche sourcés et vérifiables.

  • Techniqueémail cloisonné (minankari) · cuisson entre 720 et 850 °C · plusieurs passes
  • Support ancienor fin ou électrum · argent et cuivre aujourd'hui, pour le coût
  • Triptyque de Khakhuli115 émaux du VIIIe au XIIe s. · géorgiens et byzantins · Tbilissi
  • Adoption du cloisonné en GéorgieVIIIe s. · essentiel des pièces conservées du VIIIe au XIIe s.
  • Galerie Ornamentfondée en 2000 à Tbilissi · première institution dédiée au cloisonné

Entretien de synthèse. Les réponses attribuées à Nino Gelashvili, émailleuse à Tbilissi, sont une mise en forme dialoguée de données documentaires vérifiées (ressources techniques d’orfèvrerie, notices du Georgian National Museum et du Smithsonian, listes officielles de l’UNESCO, presse économique géorgienne). Ce personnage est une construction éditoriale ; il ne renvoie à aucune personne réelle. Les faits et les dates sont sourcés.

Le minankari est le nom géorgien de l’émail cloisonné, et c’est l’un des rares savoir-faire du Caucase que l’on puisse suivre de l’objet médiéval à l’atelier d’aujourd’hui sans changer de ville. Tbilissi, devenue au tournant du XIXe siècle le principal centre d’orfèvrerie de Géorgie selon l’association géorgienne des métiers d’art, abrite désormais des ateliers qui dressent des cloisons de fil sur des plaques d’argent, comme d’autres le firent sur l’or pour les rois. Le contexte régional — l’or de Vani, les ateliers de la capitale, les pièges de vocabulaire — est développé dans notre guide des bijoux du Caucase.

Nous avons voulu entendre le geste plutôt que l’histoire officielle : ce que l’on tient entre les doigts, ce qui se passe au four, ce que l’on refuse de dire à une cliente. Nino Gelashvili a accepté de répondre à condition de ne rien affirmer qu’elle ne puisse montrer sur une pièce ou pointer dans une notice de musée. L’entretien commence donc par un mot, et par une confusion.

Un mot, et une homonymie qui égare

Avant le geste, le vocabulaire. Les confusions entre cloisonné, émail peint et monture de filigrane sont détaillées dans notre guide des techniques d’émaillage ; l’émailleuse commence par celle qui empoisonne toute recherche sur son métier.

Quand vous dites minankari, qu'est-ce que vous désignez exactement ?

L'émail cloisonné, ni plus ni moins. Le mot est géorgien, et je l'emploie exprès. Le principe tient en une image : des cloisons de métal extrêmement fines sont dressées sur une plaque ; elles dessinent des cellules ; ces cellules reçoivent du verre coloré réduit en poudre ; le tout passe au feu. Quand la pièce sort et qu'on la polit, le métal réapparaît entre les couleurs, en un réseau de lignes. Ce réseau visible, c'est la signature du cloisonné. S'il n'y a pas de cloisons, ce n'est pas du minankari, quelle que soit la beauté de l'émail.

L'ordre des opérations est ce qui compte. Les cloisons sont posées avant la cuisson et retiennent l'émail pendant qu'il fond. Une technique où l'on peint un décor au pinceau sur un émail déjà cuit est autre chose — c'est de l'émail peint, et on le confond sans cesse avec le nôtre parce que les deux sont brillants et colorés.

Pourquoi insister sur le mot géorgien plutôt que de dire « émail géorgien » ?

Parce qu'en anglais, « Georgian jewelry » ne désigne pas la Géorgie. Dans le commerce de l'antiquité, l'expression renvoie à la bijouterie de l'époque géorgienne britannique, celle des règnes de George Ier à George IV, entre 1714 et 1837 : cannetille, diamants taille rose, motifs floraux. Une cliente qui tape ces deux mots tombe sur des marchands anglo-saxons qui n'ont jamais entendu parler de Tbilissi. Pour le pays, il faut écrire « Georgia (Caucasus) » ; pour l'émail, le mot juste est minankari. Ce piège de vocabulaire a contaminé des articles entiers, illustrés de bagues anglaises.

Le geste : le fil, la poudre, le feu

Le minankari se distingue des autres émaux par l’ordre de ses opérations. La question du métal support renvoie aux alliages détaillés dans notre guide de l’or, de l’argent et des métaux ; l’émailleuse décrit ici ce qui se passe à l’établi.

Décrivez-nous une pièce, du premier fil à la dernière passe au four.

Tout commence par un fil plat, très fin, que l'on courbe à la pince pour suivre un dessin. Chaque segment devient une cloison. La ressource technique que nous utilisons tous à l'atelier — une référence d'orfèvrerie en anglais — rapporte que ces cloisons étaient traditionnellement fixées sur la plaque avec une colle naturelle faite de noyaux de coing. Je précise « rapporte », parce que c'est une source technique spécialisée, pas une analyse de laboratoire sur une pièce médiévale. Mais le détail est du genre qu'on n'invente pas dans un catalogue : c'est un savoir de cuisine d'atelier.

Ensuite, la poudre. Le verre coloré est broyé, lavé, déposé cellule par cellule, à l'aiguille ou à la petite spatule, en couches humides. Puis la cuisson : la même source situe le feu entre 720 et 850 °C, en plusieurs passes. Chaque couleur a son comportement, certaines fondent plus tôt, certaines se rétractent ; on recharge les cellules qui se sont creusées et on repasse au four. Le polissage vient en dernier, quand toutes les cellules sont pleines et affleurent le sommet des cloisons.

Voici, résumées, les étapes que l’émailleuse décrit — dans l’ordre où elles se succèdent à l’établi :

  • dessiner le motif et courber le fil pour former chaque cloison ;
  • fixer les cloisons sur la plaque, avec, selon la tradition rapportée, une colle de noyaux de coing ;
  • broyer et laver le verre coloré, puis remplir les cellules en poudre humide ;
  • cuire entre 720 et 850 °C, recharger les cellules creusées, recuire en plusieurs passes ;
  • araser et polir jusqu’à ce que l’émail affleure les cloisons.

Sur quel métal travaillez-vous, et sur quel métal travaillaient les anciens ?

Là, il faut être honnête sur la différence. L'émail cloisonné géorgien de qualité, d'après la même ressource, était exécuté sur or fin ; l'électrum, l'alliage naturel d'or et d'argent, était aussi employé pour une meilleure stabilité. Nous, pour des raisons de coût, travaillons surtout l'argent et parfois le cuivre. Et cela pose des problèmes d'oxydation que l'or ne pose pas : au feu, l'argent noircit, le cuivre s'écaille, il faut nettoyer entre chaque passe. Quand on regarde un émail médiéval sur or, on regarde une pièce de cour — un art d'orfèvre de commande, pas un artisanat de village. Le support à lui seul dit qui payait.

Femme géorgienne assise dans un atelier, portant un pendentif d'émail cloisonné aux couleurs vives
Le cloisonné se reconnaît au réseau de métal visible entre les couleurs : les cloisons ont été dressées avant la cuisson et retiennent l'émail.

La distinction avec les autres émaux tient, là encore, à l’ordre des gestes. Dans le cloisonné, on dresse des cloisons puis on remplit. Dans le champlevé, on creuse le métal lui-même pour former les cavités : pas de fil ajouté, c’est la masse de la plaque qui fait la paroi. Dans l’émail peint, on pose un fond d’émail uni, on le cuit, puis on peint dessus aux couleurs réfractaires et on recuit — la finift de Rostov, en Russie, fonctionne ainsi sur une plaque de cuivre, avec jusqu’à sept recuits d’après les sources russes, et on la prend sans cesse pour du cloisonné parce que sa monture est en filigrane. La monture n’est pas la technique.

Technique Principe Exemple documenté Région
Émail cloisonné (minankari) Cloisons de fil fixées sur la plaque avant cuisson ; cellules remplies de poudre de verre ; métal visible en réseau Les 115 émaux du triptyque de Khakhuli, VIIIe-XIIe s., Georgian National Museum Géorgie, Byzance ; aussi la Rus’ de Kyiv
Émail peint Fond d’émail uni cuit, puis décor peint aux couleurs réfractaires et recuit ; pas de cloisons Finift de Rostov sur cuivre, jusqu’à sept recuits, montée en filigrane Russie (Rostov)
Émail champlevé Cavités creusées dans la masse du métal, remplies d’émail ; la paroi est la plaque elle-même Aucune pièce documentée dans nos sources ; technique distincte, à ne pas confondre avec les deux autres Europe occidentale, principalement

Khakhuli : l’objet que l’on cite toujours de travers

Le triptyque de Khakhuli est la pièce que chaque visiteur demande à voir à Tbilissi. Il relève de l’art liturgique, que ce magazine ne traite pas ; sur la croix et le bijou de dévotion caucasiens, bijoux-croix.fr est le lieu où en parler. Nous ne l’abordons ici qu’en tant que document technique.

On présente souvent Khakhuli comme la plus grande œuvre d'émail cloisonné au monde, datée du XIIe siècle. Qu'en dites-vous ?

Trois choses, et je les répète à chaque visiteur. D'abord, ce n'est pas une œuvre d'un atelier à une date. L'icône en repoussé de la Théotokos incorpore, selon les travaux qui font référence, 115 émaux cloisonnés échelonnés du VIIIe au XIIe siècle, et ils sont à la fois géorgiens et byzantins : médaillons ronds, plaques rectangulaires et cruciformes, essentiellement des figures de saints. C'est un assemblage, un objet enrichi sur quatre siècles, remonté sous la reine Tamar dans un cadre d'or à volets d'argent doré. Un palimpseste, pas une création.

Ensuite, il est mutilé. Il a été volé au monastère de Gelati en 1859 ; l'or et les pierres ont été démontés et vendus en Russie ; une reproduction métallique a été remise au monastère en 1865. L'original, passé par des collections privées puis par l'Ermitage, est revenu en Géorgie en 1923 — à l'état fragmentaire. Ce que vous voyez au musée n'est pas l'objet médiéval, c'est ce qui en reste.

Enfin, les dimensions. On lit partout des chiffres, et ils se contredisent d'une source à l'autre pour la largeur. Je ne vous en donnerai aucun. Tant que le catalogue du musée n'a pas tranché, un chiffre de largeur répété n'est pas une information, c'est une rumeur avec des centimètres.

Pourquoi la Géorgie a-t-elle conservé autant d'émaux anciens ?

La ressource technique que je citais avance une explication historique que je trouve convaincante, même si elle mériterait une étude d'historien : l'iconoclasme byzantin, qui a détruit tant d'art paléochrétien dans l'Empire, n'a pas touché la Géorgie. Les émaux ont donc survécu ici en quantité inhabituelle. Les orfèvres géorgiens auraient adopté le cloisonné au VIIIe siècle ; la production s'étendrait jusqu'au XVe, l'essentiel des pièces conservées datant du VIIIe au XIIe. Cela fait de nos musées une part disproportionnée du corpus mondial du cloisonné ancien — et une responsabilité, quand on est émailleuse, de ne pas raconter n'importe quoi devant ces vitrines.

L’or de Vani et la toison : ce que la géologie établit

Avant l’émail, il y eut l’or. Le trésor de Vani, en Colchide, est documenté au milligramme par le Georgian National Museum ; l’émailleuse le regarde en technicienne, et refuse une conclusion que la communication touristique tire trop vite.

Vous êtes émailleuse, mais vous parlez souvent de Vani — et l'on vous entend refuser de parler de la Toison d'or. Pourquoi ?

Parce que c'est là que je vais voir ce que l'or permet quand on sait le travailler. Le collier du Ve siècle avant notre ère, avec ses trente et une tortues d'or, pèse 85,905 grammes ; les carapaces sont granulées, les yeux des petites tortues sont incrustés de verre, ceux de la plus grande sont des gouttes d'or. Il est inventorié sous le numéro 10-975:56. Les ornements de tempe du IVe siècle, 34,250 et 34,739 grammes, combinent granulation et filigrane, avec des oiseaux en rosettes et des pendeloques. Le fil que je courbe pour mes cloisons descend de cette main-là.

Et le collier aux cinquante-six gazelles, 88,968 grammes, m'apprend autre chose : ses éléments ont été estampés en deux moitiés puis soudés. Une production en série, pas une pièce unique. On imagine toujours l'antiquité comme un artisanat de l'exemplaire ; Vani montre déjà l'atelier qui reproduit.

Mains d'émailleuse posant à la pince des cloisons de fil d'argent sur une plaque avant remplissage
Chaque cloison est un segment de fil plat courbé à la pince et fixé sur la plaque ; les cellules ainsi formées recevront la poudre de verre avant la cuisson.

Quant à la Toison d'or, les guides disent que la géologie a « prouvé » le mythe, et voilà exactement la phrase que je ne prononce jamais. Ce que les recherches géologiques menées en Svanétie entre 2002 et 2010 ont établi, c'est que l'extraction de l'or alluvial à la toison de mouton — une peau immergée dans le courant, dont la laine retient les paillettes, puis séchée et battue — était réellement pratiquée dans la Colchide antique, et que la région contient de l'or alluvial en quantité significative. Cela fournit un substrat matériel plausible au motif de la toison dorée. Cela ne documente ni Jason, ni un voyage, ni une expédition. La technique est attestée ; le récit ne l'est pas. Glisser de l'un à l'autre, c'est ce que fait la communication touristique, et c'est ce que je refuse de faire devant une cliente qui me demande si « c'était vrai ».

Le renouveau : une orfèvrerie d’auteur, pas un folklore

Le minankari n’est pas un art dont on visiterait les vestiges. Il se porte, et la question de savoir comment l’accorder à une tenue d’aujourd’hui trouve des réponses dans notre guide du port des bijoux ; l’émailleuse décrit une scène qu’elle connaît de l’intérieur.

Comment le cloisonné est-il revenu à Tbilissi ?

Par des personnes nommées, pas par une tradition ininterrompue qu'on aurait retrouvée intacte dans un village. La galerie Ornament, présentée comme la première institution géorgienne spécialisée dans l'émail cloisonné, aurait été fondée en 2000 par Tea Gurgenidze avec Marina et Khatuna Babunashvili, pour soutenir les artistes qui faisaient revivre la technique. La scène actuelle compte des ateliers identifiables, d'après la presse économique géorgienne : celui de Davit Kakabadze, qui emploierait plus de vingt personnes ; Mariam Ninikashvili ; et l'entreprise sociale Ikorta Enamel Jewelry, qui emploierait des femmes déplacées internes installées au camp de Tserovani. Anna Shanshiashvili dirigerait la Heritage Crafts Association du pays. Ce sont des noms, des dates, des adresses — le contraire d'un folklore anonyme.

Ce que je veux dire par « orfèvrerie d'auteur », c'est que chaque pièce est dessinée, signée, pensée comme un objet contemporain qui cite une technique médiévale. Les couleurs sont souvent les mêmes que sur les émaux anciens — les bleus profonds, les verts, les rouges brique — mais les formes ne copient pas les saints de Khakhuli. Une femme qui achète un pendentif de minankari aujourd'hui porte une technique, pas une relique.

Une cliente vous demande si le minankari est « classé à l'UNESCO ». Que répondez-vous ?

Non, et je le dis sans détour parce que la réponse contraire circule sur des étiquettes. La vérification sur les listes officielles du patrimoine culturel immatériel ne trouve aucun élément « émail cloisonné », « filigrane » ou « niello » inscrit pour la Géorgie, l'Arménie ni la Fédération de Russie. Le seul élément caucasien lié au métal est la tradition de la forge de Gumri, en Arménie, inscrite en 2023 — et elle couvre la ferronnerie, grilles de fenêtres, portes, chandeliers, lampes, pas la bijouterie. La Géorgie a bien un registre national du patrimoine immatériel, qui compterait 76 éléments depuis 2011, mais un registre national n'est pas une inscription UNESCO. Quand une notice de vente ajoute le label après coup pour crédibiliser un artisanat, c'est un signal d'alerte, pas une garantie.

Comment se porte un bijou de minankari aujourd'hui, selon vous ?

Seul, ou presque. Un émail cloisonné est déjà saturé : plusieurs couleurs, un réseau de métal, souvent une forme pleine. L'empiler avec d'autres pièces colorées le noie. Les femmes qui le portent le mieux le traitent comme la pièce unique d'une tenue sobre — un pendentif sur un col uni, une paire de boucles et rien d'autre. Et je leur dis toujours une chose sur l'argent : il s'oxyde, c'est sa nature, et cela n'abîme pas l'émail. Un chiffon doux suffit ; aucun produit abrasif sur les cellules de verre.

Pour composer une silhouette autour d’une pièce d’émail, les repères de linstantmode.fr sur l’art de composer un look avec ses bijoux rejoignent le conseil de l’émailleuse : une pièce forte, un fond calme.

Ce qu’il faut retenir

L’entretien tient en quelques points que l’on peut vérifier, et en deux ou trois refus qui valent autant que les affirmations :

  • le minankari est le nom géorgien de l’émail cloisonné : cloisons de fil dressées avant cuisson, cellules remplies de poudre de verre, métal visible en réseau ;
  • la cuisson se situerait entre 720 et 850 °C en plusieurs passes, le polissage venant en dernier ; les cloisons seraient traditionnellement fixées à la colle de noyaux de coing ;
  • l’émail ancien de qualité était sur or fin ou électrum ; l’argent et le cuivre actuels posent des problèmes d’oxydation que l’or ne pose pas ;
  • le triptyque de Khakhuli assemble 115 émaux géorgiens et byzantins du VIIIe au XIIe siècle ; il est mutilé depuis 1859, revenu fragmentaire en 1923 ; ses dimensions circulent en versions contradictoires ;
  • la géologie atteste l’orpaillage à la toison en Colchide antique, pas l’historicité des Argonautes ;
  • « Georgian jewelry » désigne l’Angleterre de 1714-1837, pas le Caucase ;
  • aucun émail, filigrane ou niello n’est inscrit à l’UNESCO, pour aucun pays.

Sur la manière dont l’argent ethnique et l’émail coloré se lisent à côté des codes occidentaux, elegance-et-glamour.fr compare les styles d’accessoires de l’Est et de l’Ouest — une lecture utile pour qui découvre le minankari depuis la France.

Nino Gelashvili nous a raccompagnés en montrant, sur son établi, une plaque d’argent où quelques cloisons attendaient la poudre. « Ce qui compte n’est pas ce que je vous raconte, a-t-elle dit, c’est ce que vous verrez entre les couleurs quand elle sortira du four : du métal, en lignes fines. Si vous ne le voyez pas, ce n’est pas du minankari. »

Questions fréquentes

C'est le nom géorgien de l'émail cloisonné : de très fines cloisons métalliques fixées sur une plaque forment des cellules, remplies de verre coloré en poudre, puis cuites en plusieurs passes. Le métal reste visible entre les couleurs, en réseau de lignes fines. Employer le mot géorgien évite une confusion tenace avec la « Georgian jewelry » britannique.

D'après une ressource technique de référence en orfèvrerie, la cuisson se fait entre 720 et 850 °C, en plusieurs passes successives, le polissage intervenant en dernier. Chaque couleur ayant son comportement au feu, la pièce repasse au four autant de fois que nécessaire avant d'être arasée.

Non, pas au sens d'une création unique. Il incorpore 115 émaux cloisonnés géorgiens et byzantins échelonnés du VIIIe au XIIe siècle, remontés sur une icône en repoussé. C'est un assemblage enrichi sur quatre siècles, volé à Gelati en 1859, dépouillé de son or et de ses pierres, revenu en Géorgie en 1923 à l'état fragmentaire.

Selon la même ressource technique, l'émail cloisonné géorgien de qualité était exécuté sur or fin, l'électrum étant également employé pour une meilleure stabilité. L'argent et le cuivre, retenus aujourd'hui pour des raisons de coût, posent des problèmes d'oxydation que l'or ne pose pas.

Non. La vérification sur les listes officielles ne trouve aucun élément « émail cloisonné », « filigrane » ou « niello » inscrit pour la Géorgie, l'Arménie ni la Fédération de Russie. Le seul élément caucasien lié au métal est la forge de Gumri, inscrite en 2023, et elle concerne la ferronnerie, pas la bijouterie. Le registre national géorgien est une liste distincte.

Des recherches géologiques menées en Svanétie entre 2002 et 2010 indiquent que l'extraction de l'or alluvial à la peau de mouton était réellement pratiquée en Colchide antique. Cela donne un substrat matériel plausible au motif de la toison dorée ; cela ne documente en rien l'historicité de Jason ni d'un voyage.

La scène contemporaine compte des praticiens identifiés : la galerie Ornament, fondée en 2000 par Tea Gurgenidze avec Marina et Khatuna Babunashvili, l'atelier de Davit Kakabadze, qui emploierait plus de vingt personnes, Mariam Ninikashvili, ou l'entreprise sociale Ikorta Enamel Jewelry, qui emploierait des femmes déplacées internes du camp de Tserovani.

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