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Histoire de bijoux
Collier d'or à pendentifs animaliers granulés posé sur un fond sombre

D'un pays à l'autre

Bijoux du Caucase : l'or d'une tombe colchidienne, l'email d'un atelier

Au Caucase, la parure la mieux documentée n'est pas celle du village mais celle de la tombe et du trésor. L'or de Vani se pèse au milligramme, le minankari se date par sa cuisson, et les maîtres finissent par avoir un nom.

  • Collier aux 31 tortuesVe s. av. J.-C. · or, 85,905 g · Vani, Colchide
  • Ornements de tempe aux oiseauxIVe s. av. J.-C. · or, 34,250 et 34,739 g · granulation et filigrane
  • Diadème aux lionsVe-IVe s. av. J.-C. · or, 221,926 g · repoussé
  • Collier aux 56 gazellesVe-IVe s. av. J.-C. · or, 88,968 g · estampage et soudure
  • Triptyque de Khakhuliémaux du VIIIe au XIIe s. · or et argent doré · cloisonné

Il y a une façon commode de raconter le bijou caucasien, et elle consiste à parler du village : on décrit un costume, on attribue à chaque vallée son style, et l’on tient un panorama qui a l’apparence de l’ethnographie. Ce guide ne fera pas cela, pour une raison simple — sur ce terrain, l’essentiel de ce qui circule repose sur des affirmations que nous n’avons pas pu vérifier.

Ce qui est documenté, en revanche, l’est avec une précision rare. Des colliers d’or pesés au milligramme. Des ateliers datés, des commanditaires nommés, des maîtres qui signent. Le fil suivi ici est donc la parure du Caucase lue dans la tombe, dans le trésor et dans l’atelier, plutôt que dans le costume de village : un angle plus étroit, et beaucoup plus sûr.

Vani, un cimetière d’or : ce que portaient les femmes de Colchide

Le site de Vani, en Géorgie occidentale, occupe dans cette histoire une place particulière : il livre des parures d’or complètes, en contexte funéraire, avec une documentation muséale au milligramme près. L’occupation du site s’étendrait du VIIIe siècle avant notre ère au milieu du Ier siècle avant notre ère, en quatre phases successives ; les fouilles systématiques y seraient menées depuis 1966, d’abord sous la direction d’Otar Lordkipanidze, puis de Darejan Kacharava après 2002. Le premier signalement du site remonterait à Marie-Félicité Brosset, en 1851.

La pièce qui donne le ton est un collier du Ve siècle avant notre ère, composé de trente et un pendentifs en forme de tortue, pour un poids total de 85,905 grammes d’or. Les carapaces sont granulées, les yeux incrustés de verre — et le plus grand pendentif reçoit en outre des gouttes d’or. Le Georgian National Museum le conserve sous le numéro d’inventaire 10-975:56.

Un diadème du Ve ou du IVe siècle avant notre ère, de 221,926 grammes, porte des panneaux exécutés au repoussé représentant des lions attaquant un sanglier. Il est inventorié sous le numéro 11-974:1.

Il faut mesurer ce que ces objets sont : des parures de tombe. Ce qu’elles disent du rang de celle qui les portait se lit dans la quantité d’or et dans la difficulté du travail, non dans un témoignage oral. Deux cent vingt et un grammes d’or sur un front, c’est une déclaration de statut qui n’a besoin d’aucun commentaire — et c’est aussi tout ce que nous en savons avec certitude.

Granulation et filigrane : la signature technique colchidienne

La granulation consiste à souder des grains d’or minuscules pour former un décor ; le filigrane travaille le fil façonné. Leur maîtrise conjointe est un marqueur de haut niveau, parce que chacune exige un contrôle thermique différent.

La pièce qui l’atteste le mieux est une paire d’ornements de tempe en or du IVe siècle avant notre ère, de 34,250 et 34,739 grammes, où les deux techniques sont employées ensemble pour former des oiseaux en rosettes et des pendeloques. Ils sont inventoriés sous 31-2006:18a-b. L’écart de poids entre les deux éléments — moins d’un demi-gramme — en dit long sur la régularité d’exécution.

La granulation d’or géorgienne atteindrait selon les sources spécialisées « une grande variété et une excellence technique » au Ve et au début du IVe siècle avant notre ère, précisément dans cette combinaison avec le filigrane. Le travail du métal dans la région serait bien antérieur : il est attesté dès le Bronze ancien, aux IVe et IIIe millénaires, dans l’aire de la culture Mtkvari-Araxe, et une statuette de lion en or est datée des XXIIIe-XXIIe siècles avant notre ère. La virtuosité de Vani n’apparaît donc pas de nulle part : elle est le point haut d’une pratique déjà longue de plus d’un millénaire.

Deux autres objets de Vani viennent contrarier l’idée que l’on se fait spontanément d’un trésor antique. Le premier est un collier du Ve ou IVe siècle avant notre ère, composé de cinquante-six gazelles accroupies et de treize perles d’espacement, pour 88,968 grammes, inventorié sous 11-974:8. La notice muséale précise le procédé : chaque gazelle est estampée en deux moitiés, puis soudée. C’est une production en série, avec matrices et assemblage — cinquante-six fois le même geste. La beauté du résultat n’y perd rien, mais l’idée romantique de l’orfèvre antique créant un exemplaire irremplaçable ne résiste pas à l’examen de l’objet.

Le second est une paire de bracelets du Ve siècle avant notre ère, à terminaisons de sangliers couchés, de 113,110 et 113,810 grammes. Le musée les donne comme d’origine possiblement iranienne. Tout l’or trouvé à Vani n’est donc pas colchidien : une part relève de l’échange, du tribut ou du prestige importé. Une tombe riche n’est pas un catalogue de production locale, c’est un état de fortune, et la fortune circule.

Ces terminaisons zoomorphes ont par ailleurs une longue descendance. On retrouverait un vocabulaire comparable dans la bijouterie arménienne des XVIIIe et XIXe siècles, avec des bracelets à terminaisons animales, des colliers à franges montés en chaîne dite loop-in-loop, à maillons imbriqués, et des boucles en croissant serties de turquoise et de perles. La filiation est un air de famille formel, pas une transmission démontrée d’atelier à atelier.

L’or et le mythe : la toison, l’orpaillage, et la ligne à ne pas franchir

La Colchide est, dans la culture européenne, le pays de la Toison d’or — cadeau encombrant pour qui veut parler sérieusement de son orfèvrerie, parce que le mythe absorbe tout. Il y a pourtant un fait matériel. Des recherches géologiques menées en Svanétie entre 2002 et 2010 indiquent que l’extraction de l’or alluvial à la peau de mouton était réellement pratiquée en Colchide antique : la toison est immergée dans le courant, où sa laine retient les paillettes d’or charriées par la rivière, puis séchée et battue pour en récupérer le métal. La technique fonctionne, elle est documentée ailleurs, et la région contient effectivement de l’or alluvial en quantité significative.

Femme géorgienne portant un collier d'or à pendentifs décorés de granulation
L'or alluvial de Colchide, recueilli sur des peaux de mouton, alimentait les ateliers de granulation de Vani.

Il faut écrire noir sur blanc ce que cela établit, et ce que cela n’établit pas. Cela valide une technique d’orpaillage et fournit un substrat matériel plausible au motif de la toison dorée. Cela ne documente ni l’historicité de Jason, ni celle d’un voyage. Le glissement de « technique attestée » à « le mythe était vrai » est constant dans la vulgarisation touristique ; il n’a aucune base. Ce qui est réel, c’est que de l’or sortait de ces rivières — et qu’il a fini sur le front d’une femme enterrée à Vani.

Cloisonné géorgien : un art de cour, une technique exigeante

Le minankari désigne l’émail cloisonné géorgien. La technique, telle que la décrivent les sources spécialisées, consiste à fixer des cloisons fines sur une plaque — traditionnellement à la colle tirée de noyaux de coing —, à remplir les cellules ainsi formées de verre coloré en poudre, puis à cuire l’ensemble entre 720 et 850 degrés, en plusieurs passes successives, le polissage venant en dernier.

Un détail de matière explique pourquoi cet art est resté un art de cour plutôt qu’un artisanat domestique. Le cloisonné géorgien serait exécuté sur or fin, parfois sur électrum — l’alliage d’or et d’argent — choisi pour sa stabilité, l’argent et le cuivre employés aujourd’hui par économie posant des problèmes d’oxydation que l’or ne pose pas. La technique réclame donc le métal le plus cher pour donner son meilleur résultat : elle suppose un commanditaire riche, et dès l’origine.

La chronologie donnée par les mêmes sources situe l’adoption de la technique au VIIIe siècle, une production courant du VIIIe-IXe au XVe siècle, et l’essentiel des pièces conservées entre le VIIIe et le XIIe. Cette survivance quantitative est inhabituelle à l’échelle du monde chrétien oriental, et elle aurait une explication historique précise : l’iconoclasme byzantin, qui a détruit tant d’images ailleurs, n’a pas touché la Géorgie.

Le triptyque de Khakhuli est l’objet que l’on cite toujours, et presque toujours de travers. Trois précisions le remettent d’aplomb.

Il rassemblerait cent quinze émaux cloisonnés, géorgiens et byzantins, échelonnés du VIIIe au XIIe siècle, autour d’une icône centrale de 116 sur 95 centimètres. Ce n’est donc pas l’œuvre d’un atelier à une date : c’est un assemblage enrichi sur quatre siècles, un reliquaire-palimpseste où chaque génération a ajouté sa strate. David IV le Bâtisseur y aurait fait don de pierres ; Demetrius Ier l’aurait transféré à Gelati ; le remontage en cadre d’or serait intervenu sous la reine Tamar.

Il est ensuite mutilé, et l’épisode mérite d’être dit. L’objet aurait été volé en 1859 par le comte Levashov, son or et ses pierres démontés puis vendus en Russie ; il serait revenu en Géorgie en 1923, à l’état fragmentaire. Ce que l’on voit aujourd’hui n’est pas l’objet médiéval, mais ce qui a survécu à un démembrement.

Les dimensions d’ensemble, enfin, circulent en versions contradictoires selon les sources, et nous ne reprendrons aucun chiffre de largeur ici : mieux vaut un blanc qu’une mesure fausse recopiée.

Ces pièces — Khakhuli, et plus loin le chalice de Bedia ou l’icône d’Anchi — sont des objets liturgiques, traités ici comme des questions de technique et de mécénat. Sur la croix et le bijou religieux caucasiens proprement dits, bijoux-croix.fr traite spécifiquement la question.

Sortir de l’anonymat : des maîtres qui ont un nom

Le basculement le plus intéressant est celui où l’orfèvre cesse d’être une main anonyme. Beka Opizari, actif au XIIe siècle sous le règne de la reine Tamar, serait l’auteur du revêtement d’argent à incrustations d’or de l’icône du Sauveur d’Anchi — une œuvre attribuée à un individu, et non à un atelier ou à une région. L’icône aurait été transférée à Tbilissi en 1675, face à une invasion ottomane. Avant lui, le chalice de Bedia, vase liturgique en or, aurait été commandé vers 999 par le roi Bagrat III pour le monastère de Bedia ; seule la coupe en subsisterait, conservée au Georgian National Museum.

Au tournant du XIXe siècle, Tbilissi deviendrait le principal centre d’orfèvrerie géorgien, avec une manière reconnaissable combinant niellure, damasquinage, filigrane et granulation, appliquée aussi bien aux armes qu’aux bijoux et à la vaisselle. Cette production a ses formes nommées : l’azarpesha, coupe à boire à manche, et la qarqara, cruche à verser.

Gros plan d'un objet d'argent niellé et damasquiné d'or sur velours sombre
Niellure et damasquinage : le noir coulé dans la gravure et le fil d'or incrusté, signature des ateliers de Tbilissi au XIXe siècle.

Le damasquinage, souvent confondu avec la gravure, désigne l’incrustation d’un fil d’or dans un décor préalablement gravé dans le métal — le dessin est en relief d’or sur fond sombre, non creusé.

Le niello : continuité, jamais invention

Le niello est un alliage noir de soufre avec de l’argent, du cuivre et du plomb, coulé ou poussé dans un décor gravé, puis poli. Le mot vient du latin nigellum, « le noir ». On le présente régulièrement comme une invention arménienne, géorgienne ou daghestanaise, y compris sur des sites de musées régionaux.

C’est faux. Pline l’Ancien décrivait déjà la technique comme égyptienne, et les usages les plus anciennement confirmés remontent bien avant les traditions caucasiennes et bien ailleurs. Ces traditions sont des foyers de continuité et d’excellence, non le lieu d’origine : la formule juste est « l’un des rares foyers où la technique s’est transmise sans interruption », jamais « inventé par ». Une difficulté scientifique aggrave la confusion : pendant près d’un siècle, tout dépôt noir sur métal a été appelé « niello » sans analyse, alors qu’une part des incrustations sombres anciennes sont des alliages cuivreux patinés, non des sulfures.

Le cas de Koubatchi, au Daghestan, illustre le même mécanisme. Le village est ancien, mais comme centre d’armurerie : son nom persan Zirihgeran et son nom turc Kubachi signifient l’un et l’autre « fabricants de cottes de mailles », et des voyageurs arabes et iraniens le signalent dès les IXe-Xe siècles. Les techniques attestées y sont le ciselage, la gravure, la niellure et le filigrane ; l’émail et les pierres semi-précieuses, turquoise en tête, ne seraient adoptés qu’à partir du milieu du XXe siècle — critère de datation simple, régulièrement ignoré par les notices de vente.

Le contrepoint masculin porte un nom : le qama, aussi appelé khanjali, kindjal ou kama, poignard droit à double tranchant. Il aurait pris sa forme classique au XVIIIe siècle pour devenir, au milieu du XIXe, un élément obligé du costume masculin dans tout le Caucase, porté en oblique à l’avant de la ceinture, les plus belles pièces montées en argent niellé.

Le minankari n’est pas pour autant un art mort dont on visiterait les vestiges, et c’est ici que la question « ce qu’une femme porte » redevient contemporaine. La galerie Ornament, première institution géorgienne spécialisée dans le cloisonné, aurait été fondée en 2000 par Tea Gurgenidze avec Marina et Khatuna Babunashvili. La scène actuelle compte des praticiens identifiés : Davit Kakabadze, dont l’atelier emploierait plus de vingt personnes, Mariam Ninikashvili, ou encore l’entreprise sociale Ikorta Enamel Jewelry, qui emploierait des femmes déplacées internes installées au camp de Tserovani. Anna Shanshiashvili dirigerait pour sa part la Heritage Crafts Association géorgienne.

Des femmes fabriquent ces bijoux, et des femmes les portent. Un émail cloisonné acheté aujourd’hui à Tbilissi n’est pas un souvenir folklorique reconstitué : c’est la production courante d’un métier qui a une adresse, des employés et des commandes.

Ce que l’UNESCO inscrit réellement — et ce qu’elle n’inscrit pas

Il faut enfin désamorcer une mention que l’on croise sur quantité de fiches produits : l’émail géorgien, le niello daghestanais ou l’orfèvrerie de Koubatchi seraient « inscrits au patrimoine immatériel de l’UNESCO ». Vérification faite sur les listes officielles, c’est inexact dans les trois cas.

La Fédération de Russie ne compte que deux éléments sur la Liste représentative, les Semeiskie et l’Olonkho iakoute, tous deux inscrits en 2008 : aucun élément daghestanais, aucun lié au métal. L’Arménie en compte huit — le duduk en 2008, les khatchkars en 2010, les Fous de Sassoun en 2012, le lavash en 2014, le kochari en 2017, les lettres arméniennes en 2019, le pèlerinage de Saint-Thaddée en 2020 et la forge de Gumri en 2023. Un seul concerne le métal, la forge de Gumri, et il s’agit de ferronnerie : grilles, clôtures, portes, chandeliers, lampes. Ni bijouterie, ni métaux précieux.

Aucun élément « émail cloisonné », « filigrane » ou « niello » n’est donc inscrit pour aucun des trois pays. La confusion vient aussi d’un glissement réel : la Géorgie tient un registre national du patrimoine immatériel — 76 éléments depuis 2011, après une ratification en mars 2008, dont cinq seulement figureraient sur les listes de l’UNESCO. Être au registre national n’est pas être classé par l’UNESCO.

Un dernier piège, purement linguistique, guette qui cherche en anglais. « Georgian jewelry » désigne dans le commerce de l’antiquité la bijouterie de l’époque géorgienne britannique, celle des règnes de George Ier à George IV, entre 1714 et 1837 : cannetille, diamants taille rose, motifs floraux. Une recherche naïve renvoie donc des pages de marchands anglo-saxons sans rapport avec le Caucase. Pour le pays, il faut préciser « Georgia (Caucasus) » ; pour l’émail, le mot juste est minankari.

Ce que ce fil laisse de côté

Une réserve, pour finir, et elle est large. Ce guide a suivi l’or de Vani, l’émail de cour et l’atelier nommé. Il n’a pas traité le costume, ni la parure de village, ni les typologies régionales de bijoux, ni la fonction d’amulette — et cette absence est délibérée.

La raison n’est pas que ces sujets seraient sans intérêt : c’est l’inverse. Mais l’essentiel de ce qui circule à leur propos n’a pas résisté à la vérification menée pour ce dossier. Codes de statut attribués à tel métal, styles assignés à telle vallée, usages datés au demi-siècle près : les affirmations abondent, les sources primaires manquent. Les reproduire aurait donné un article plus riche en apparence et faux sur le fond.

Nous savons donc lire, avec une précision remarquable, ce qu’une femme a emporté dans une tombe colchidienne au Ve siècle avant notre ère — au milligramme, au procédé, jusqu’à l’origine possiblement étrangère d’un bracelet. Nous savons beaucoup moins bien ce que portait sa lointaine descendante dans un village du XIXe siècle. C’est une limite de la documentation, non une propriété des objets, et elle valait mieux d’être dite que comblée.

Questions fréquentes

Au Georgian National Museum, qui conserve les pièces de Vani avec leurs numéros d'inventaire : le collier aux tortues sous 10-975:56, les ornements de tempe sous 31-2006:18a-b, le diadème sous 11-974:1 et le collier aux gazelles sous 11-974:8. Pour l'orfèvrerie arménienne, l'exposition « Armenia! » du Metropolitan Museum, ouverte le 22 septembre 2018, aurait réuni environ 140 objets sous le commissariat d'Helen C. Evans ; son catalogue reste le point d'entrée le plus accessible.

Non. Aucun élément « émail cloisonné », « filigrane » ou « niello » n'est inscrit sur la Liste représentative pour la Géorgie, l'Arménie ni la Fédération de Russie. Le seul élément caucasien lié au métal est la forge de Gumri, inscrite en 2023, et elle concerne la ferronnerie — grilles, portes, chandeliers — non la bijouterie. Le registre national géorgien, qui compterait 76 éléments, est une liste distincte de l'inscription UNESCO et ne doit pas être confondue avec elle.

Le village est ancien, mais comme centre d'armurerie : son nom persan Zirihgeran et son nom turc Kubachi signifient tous deux « fabricants de cottes de mailles », et des voyageurs arabes et iraniens le signalent dès les IXe-Xe siècles. La bijouterie d'argent telle qu'elle se vend aujourd'hui relève très largement d'une réorientation du XXe siècle, avec un atelier créé en 1924 et des réserves d'argent d'État allouées en 1932. Parler de « bijoutiers depuis deux mille ans » écrase mille ans d'histoire militaire.

Par son répertoire décoratif. L'émail et les minéraux semi-précieux, turquoise en tête, ne semblent adoptés qu'à partir du milieu du XXe siècle ; le répertoire ancien est le niello et la gravure sur argent, sans pierres. Une pièce rehaussée de turquoise est donc selon toute vraisemblance soviétique ou postérieure, quoi qu'en dise une notice de vente — et les poinçons le confirment généralement.

Des recherches géologiques menées en Svanétie entre 2002 et 2010 indiquent que l'extraction de l'or alluvial à la peau de mouton — la toison immergée dans le courant, séchée puis battue — était réellement pratiquée en Colchide antique. Cela donne un substrat matériel plausible au motif de la toison dorée. Cela ne documente en rien l'historicité d'un personnage, d'un voyage ou d'une expédition : la technique est attestée, le récit ne l'est pas.